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Monsieur Phelps et la BCE

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Rédigé par Antoine

Voici un rapide article inspiré de l’intervention de Mr Phelps, prix Nobel d’économie en 2006, entendue dans le cadre d’une journée de conférence à Sciences Po, le 21 juin, organisée pour célébrer, non sans faste, Mr Fitoussi.

Comme d’habitude, beaucoup pouvait être attendu de cette conférence qui regroupait un prix Nobel et un sujet très intéressant: « politiques et économies en Europe ». Et comme souvent, les foules amassées dans l’amphithéâtre en sont sorties un peu déçues; déçues de ne pas enfin avoir trouvé la solution ultime aux crises européennes.

Tout de même, cette intervention a permis de faire une piqûre de rappel sur la Banque Centrale Européenne (BCE), son fonctionnement et ses défauts.

Tout d’abord, le fonctionnement de la BCE pose le problème de sa représentativité démocratique. En effet, comment justifier que les membres de l’organe qui gère l’un des deux piliers de la politique économique (la politique monétaire) ne soient pas élus de manière directe par le peuple?

L’argument le plus souvent avancé pour répondre à cette question est le suivant: la politique économique est un sujet tellement complexe que les citoyens ne la maitrisent pas forcément, de plus elle nécessite une crédibilité forte, et ne peut donc pas être laissée aux mains d’ « analphabètes financiers » qui auraient une vision de court terme.

Ainsi, la BCE devrait être laissée aux mains des technocrates, capables de décider, en fonction d’un semblant de « consensus » politique, ce que serait une bonne politique économique.

Cette vision paternaliste, de technocrates s’occupant d’un sujet trop complexe et sans réels enjeux, souffre cependant de plusieurs défauts.

Et tout d’abord celui ci: la politique monétaire n’est pas un sujet sans enjeux, où il y aurait consensus.

Le « consensus » à la BCE prend aujourd’hui cette forme: l’objectif majeur de la banque centrale est de limiter l’inflation. Et à ce petit jeux, la BCE est très forte, car l’inflation est même en dessous de la cible des 2%. Ce faux « consensus » est hérité de la peur germanique de l’hyper inflation. Or, il serait intéressant de demander aujourd’hui aux Européens ce qu’ils craignent le plus: l’inflation ou le chômage?

Sans prendre beaucoup de risque, je pense qu’une très grande majorité des Européens répondraient que leur crainte la plus forte est la crainte du chômage.

Ainsi, la politique économique menée actuellement par l’Europe consiste à limiter l’inflation, au noms d’un « consensus » qui n’en est pas un, et alors même que le peuple Européen (qui, au noms de la démocratie, devrait contrôler la politique économique) ne soutient pas cette politique.

On retombe au final sur la question épineuse du mandat de la BCE, soulevée dès le début des années 2000 par Mr Fitoussi dans La Règle et le Choix (2002).

Au lieu de fixer comme seul objectif à la BCE le contrôle de l’inflation, de plus en plus de personnes militent aujourd’hui (et alors que la BCE a acquis une certaine crédibilité auprès des marchés financiers), pour une révision des mandats de la BCE, qui devraient être de:

– contrôle l’inflation

– ET de stimuler l’emploi, comme c’est le cas pour la Fed (la Banque centrale américaine).

Cette différence de mandat entre BCE et Fed s’observe assez facilement dans les différences de mouvement dans les taux directeurs (qui sont les  principaux outils des politiques monétaires conventionnelles, et qui fixent, grosso modo, le prix de l’argent):

Image

On voit bien que l’amplitude dans la variation des taux est plus faible pour la BCE, ce qui témoigne d’une politique monétaire moins réactive, moins poussive, qui vise plus à maintenir l’économie dans un entre deux (pas trop de croissance, qui créé l’inflation) qu’à la survitaminer.

Tout ça pour dire au final que l’action de la BCE ne correspond plus aujourd’hui à ce que les Européens (à part peut être les Allemands, encore une fois) attendent de leur politique économique.

La BCE a peut être gagné en crédibilité auprès des marchés financiers grâce à sa politique stricte de limitation de l’inflation, mais a perdu en même temps en crédibilité auprès des citoyens Européens.

Reste à savoir qui la BCE veut-elle aujourd’hui servir?

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