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La France ne s’en sort pas si mal, compléments

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Rédigé par Simon

     Cela fait bien longtemps que j’avais envie d’écrire un tel article. Mais voilà, par manque de temps et à force de repousser, je me suis fait griller. Et c’est finalement pour le mieux, par que l’article de Classe éco sur la situation française est très bon. En un mot : ça va pas terrible, mais ça pourrait être bien pire, et en comparaison d’autres pays européens, ça ne va pas si mal.

Et pour quelques graphiques de plus

     En témoigne le graphique sur l’évolution du PIB par tête, où la France se situe dans la moyenne. Je me suis dit qu’il pourrait être intéressant de jeter un œil à d’autres statistiques sur la période 2007-2013. Pour cela je suis allé faire un tour sur FRED data (les données de la banque fédérale de Saint Louis) où l’on trouve toujours pléthore d’indicateurs. Parmi ceux ci, j’ai retenu le volume d’emploi (personne en emploi) pour la catégorie d’age 25 ans – 54 ans. C’est un assez bon indicateur de la santé du marché du travail. J’aurai aussi pu regarder le taux d’emploi (personnes en emploi pour une catégorie de population / nombre de personne dans cette catégorie : en France, on regarde souvent le taux d’emploi des 15-64 ans par exemple). Et on obtiens le graphique suivant , avec encore une fois une France dans la moyenne (base 100 en 2007) :
 
Figure - emploitotal2554
     L’analyse en termes de taux d’emploi donne des résultats assez similaires (si on prend le taux, ça permet juste de prendre ne compte l’évolution de la structure de la population). J’ai aussi regardé d’autres indicateurs, en allant voir du coté de Eurostat. Pour le taux de risque de pauvreté (base 100 en 2007), on obtient ceci :
 Figure - tauxpauvreté
     Concernant la dette public et les taux d’intérêt à long terme (taux à 10 ans), on obtient ceci :
Figure - bondyield
     Bien évidemment, j’ai ici choisi des indicateurs (importants) pour lesquels la France est effectivement dans la moyenne. Bien sur, dans bien d’autres domaines la France est en queue de peloton (par exemple, et étonnamment, il semble que la France n’ait pas été très performante en terme d’inégalités de revenu au cours de cette crise), mais dans d’autres elle est en tête. Globalement, si l’on s’en tient à ces quelques indicateurs supplémentaires, la conclusion de l’article tient toujours.
Pourquoi ces évolutions ?
     Concernant le revenu par tête, cela n’a rien d’étonnant. L’OFCE avait écrit un très bon article sur son blog sur la redistributivité du système français. Bien sur, et ce blog l’a suffisamment répété, le système fiscal français n’est franchement pas terrible, et même assez injuste. Mais il faut aussi prendre en compte les prestations sociales, qui en temps de crise permettent de soutenir le niveau de vie des plus démunis, et de stimuler la consommation (puisque ces transferts sont entièrement dépensés par les ménages les plus pauvres). Concernant cet impact redistributif, on peut jeter un oeil sur les deux tableaux suivants : d’abord l’indice de gini pour plusieurs pays de l’OCDE, puis le taux de pauvreté. La France se situe en milieu de tableau encore une fois, et ce n’est pas si mal (avec un impact très important de la redistribution sur les inégalités).
     Ensuite, concernant l’évolution du PIB, la France n’a pas été la plus violemment touché par la crise, même si bien sur, le choc a été très rude. Comme le dit Classe éco, c’est en partie parce qu’il y a une prime à l’inaction : si certains se demandent ce que fait le gouvernement en place, d’autres suggèrent qu’au moins il ne s’est pas engagé plus avant dans des réformes qui auraient pu compromettre encore davantage le retour de la croissance (faible certes, mais une croissance quand même). Si on jette un oeil à cette article de l’OFCE, on y trouve ce graphique très intéressant :
Figure - impactausterityEU
     Enfin, concernant les taux d’emprunt de la France, il y a plusieurs explications. D’abord le fait que la France est tout même une puissance économique, moins fragile et moins exposée (comme on vient de le montrer) à la crise que d’autres pays, et qu’elle est trop grosse pour tomber. Par ailleurs, certaines caractéristiques la distingue très nettement de ses voisins latins (par exemple, elle ne soufre pas de la même instabilité institutionnelle et politique que l’Italie). Il y a aussi ce que l’on peut appeler un « effet refuge » (prêter à la France semble relativement peu risqué).
Autres considérations
     Ce qui m’a bien plus dans cette article, c’est sa teneur « public choice » : à savoir, les responsables politiques œuvrent certainement en partie pour le bien être collectif, mais pas seulement. Ce sont des acteurs aux objectifs propres, comme la maximisation de leur propre revenu et de leur chances de réélections. En économie, le « public choice » est un sous ensemble de la discipline qui aborde un ensemble très vaste, et passionnant, de questions : pourquoi vote-t-on ? quel sont les faiblesses des systèmes de vote existant ? quel est l’impact de la corruption ? de la démocratie sur le développement économique ? quels sont les motivations des responsables politiques ?
     Dans ce cadre, la conclusion de l’article me semble assez juste : c’est très payant électoralement de taper sur ce que propose les autres et de dire que tout va mal. La peur est un facteur très puissant en politique, que ce soit la peur de l’immigration, de la criminalité, ou comme c’est le cas ici, la peur de voir la France être relégué aux dernières places dans les classements. De même, c’est toujours plus facile d’empiler dispositifs sur dispositifs (et tant qu’à faire, pouvoir apposer son nom de ministre dessus) que de les évaluer proprement au risque d’enfin découvrir ce qui marche et ce qui ne marche pas. On évite absolument d’évaluer calmement ce qui pourrait être nos forces et nos faiblesses. C’est bien plus simple de le faire par décret : on se « fait une certaine idée de la France » dans certains domaines où, on ne sait pas pourquoi, il faudrait absolument être les meilleurs, et d’un autre coté on décrète que l’on est nul dans d’autres domaines. Comme le conclut l’article, on ne peut être que le meilleur ou le plus nul, et le moyen n’existe pas. Or c’est plutot pas mal d’être dans la moyenne.
     Impossible de conclure cet article sans mentionner que ces attitudes politiques (mais pas que), et largement relayées par les médias, me font fortement penser à la société de défiance décrite par Cahuc et Algan : la France est une société corporatiste, avec des insiders qui bénéficient du système en place, et des ousiders qui restent en marge (femmes, immigrés, jeunes), tandis que l’état vide le dialogue social de son contenu en s’immiscant dans de nombreux domaines de la vie économique. Au final c’est un cercle vicieux qui se dessinent, et qui débouchent sur un fort déficit de confiance, qui comme chacun sait, « est un important lubrificateur des rapports sociaux (pour citer Arrow, ça fera plaisir à mes profs de prépas). Tient en parlant de prépa, il y a quelques années j’avais préparé le graphiques suivant pour résumer le livre de Cahuc et Algan (ah oui et c’est schématique, donc venait pas gueuler pour n’importe quoi comme sur le site d’éconoclaste) :
 Figure - societé defiance
     J’en ai fini avec ces quelques compléments. C’était court mais je pense que cette question mérite qu’on s’y arrête en détail (j’essaierai de voir dans la World Value Survey si on trouve des données intéressantes). En plus ça permet de faire plein de graphiques

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2 commentaires

  1. François dit :

    Post très intéressant. Je trouve le lien avec la société de défiance tout à fait pertinent. Quelques coquilles à corriger (elles ne changent rien au fond, mais ça fait toujours mieux 🙂 ) : « par ce que » (‘ce’ manquant), « Bien sûr » (circonflexe), « la France n’a pas été la plus violemment touchée » (accord), « tout de même » (‘de’ manquant), « Ce qui m’a bien plu » (pas de ‘s’), etc.

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