Blogo Economicus

Accueil » Petits exercices économétriques » Un graphique, jour d’élections

Un graphique, jour d’élections

Rédigé par Simon

     Ce billet fait suite au précédent, « La France ne s’en sort pas si mal, compléments », à la fin duquel je mentionnais les travaux de Cahuc et Algan, et plus précisément leur livre, La société de défiance. Le schéma présenté à la fin de l’article s’inspirait de leur travaux (le schéma date un peu, peut être le ferais-je différemment aujourd’hui), mais il résume assez bien, je crois, les idées qu’ils défendent. La confiance (au sens général, la confiance que l’on a par rapport aux autres) est un thème largement étudié en économie. La société de défiance pointe le large déficit de confiance qui caractérise la France. C’est une donnée importante tant la confiance est un déterminant de la réussite économique d’un pays et de l’efficacité de ses politiques publiques. La France est également un facteur important de bonheur. Je me souviens d’un article de Claudia Senik sur le bonheur des français, et elle mentionnait la faible confiance comme un facteur potentiel de malheur.

     J’espère avoir le temps, dans les semaines qui viennent, de rédiger un article plus conséquent sur les travaux de Cahuc et Algan, avec graphiques à l’appui. Pour l’heure, je me lance dans un petit exercice dans la veine de ce que j’avais fait dans l’article « Marrant, non ? ».
     L’idée est la suivante : toutes choses égales par ailleurs (à age, revenu, éducation, etc identiques), quel est l’effet d’appartenir à telle nationalité plutot qu’une autre sur la probabilité de répondre ‘Oui’ à une question du type « Dans quelle mesure êtes vous heureux sur une échelle de 1 à 10 ? » (‘Oui’ signifiant alors une réponse entre 8 et 10). La base de données est l’European Social Survey (années 2006 et 2010).
     Aujourd’hui je propose trois graphiques : l’un sur la confiance envers les responsables politiques (Graphique 1), l’autre sur la confiance en général (Graphique 2 et 3).
1) Graphique 1 (le graphique élection).
     La question est la suivante : « Dans quelle mesure faites vous confiance aux hommes politiques (sur une échelle de 1 à 10) ? ». Je considère que les gens répondent oui dès lors qu’ils répondent entre 8 et 10. Ensuite je procède comme suit :
     – Modèle de choix discret de type Probit : j’estime la probabilité de répondre oui à la question en contrôlant par un certain nombre de facteurs (age, éducation, revenu, etc) et par la nationalité (cluster par nationalité). Ainsi, je peux calculer l’effet d’appartenir à une nationalité X sur la probabilité de répondre oui plutôt que non, relativement à une nationalité de référence (la nationalité Suédoise dans tous les graphiques).
     – Dans le graphique, je représente la valeur du coefficient pour chaque pays (ainsi que l’intervalle de confiance) : on voit que ce coefficient est 0 pour la Suède (puisque c’est la catégorie de référence). Un coefficient négatif pour le pays Z indique qu’appartenir au pays Z diminue la probabilité de répondre Oui. Un coefficient positif indique qu’appartenir au pays P accroît la probabilité de répondre Oui.
     – La valeur pour la France est en rouge, pour faciliter la distinction.
 Figure - ESS - trustpol
     Que voit-on ? La France n’est pas complètement en fin de classement, mais il y a un déficit de confiance par rapport aux pays en tête. Être français diminue de 0.05 la probabilité (un nombre entre 0 et 1) de répondre oui à la question (en elle même, cette probabilité est égale à  0.03 seulement !). L’analyse de la Société de Défiance est certainement pertinente pour expliquer cet écart (et la faiblesse de la probabilité dans l’absolu).
2) Graphique 2.
     Ici la question est :  « Dans quelle mesure faites vous confiance aux autres en général (sur une échelle de 1 à 10) ? ». Je considère que les gens répondent oui dès lors qu’ils répondent entre 8 et 10. La méthodologie est la même que précédemment. Il y a cependant une différence :
     – J’estime le modèle pour deux années différentes : 2006 et 2010. Les diamants pleins représentent les coefficients estimés pour 2006, les diamants creux les coefficients estimés pour l’année 2010.
    Que voit-on ? Que la France est, pour les deux années, en dernière position en ce qui concerne la confiance généralisée. Ensuite, que l’écart de confiance par rapport à la Suède s’est accrue entre 2006 et 2010 pour quasiment tous les pays. C’est peut être du à une tendance temporelle à la baisse de la confiance affectant relativement moins la Suède. C’est peut-être aussi une conséquence des récessions économiques récentes. J’ai assisté récemment à un séminaire sur l’effet du revenu sur la confiance, qui serait potentiellement très important et positif. Il y a plusieurs raisons à celà : d’abord faire confiance est une activité qui présente un risque ; or si le revenu est plus important, je suis davantage prêt à prendre ce risque et à faire confiance ; ensuite, le niveau de revenu envoie un signal général sur l’état du monde ; si celui ci s’effondre, ma perception peut changer, le monde paraît plus injuste et je fais moins confiance. Il y a sans doute d’autres histoires qui peuvent expliquer cette relation.
     Quoiqu’il en soit, il semblerait que l’écart se soit creusé, et que le déficit de confiance reste très marqué, du moins en France.
3) Graphique 3
     Pour clarifier un peu les choses, j’ai reproduis l’analyse précédente, mais cette fois je ne m’intéresse pas aux écarts de probabilité, mais à la probabilité elle même. C’est à dire, dans le pays X, toutes choses égales par ailleurs, quelle est la probabilité de répondre ‘Oui’ à la question ? Il n’y a donc plus de pays de référence, je calcule cette probabilité pour chaque pays. Et ça donne le graphique suivant :
     Que voit-on ? D’abord que la probabilité de répondre ‘Oui’ a diminué dans presque tous les pays. Mais en Suède par exemple, cette probabilité s’est légèrement accrue ! (cette probabilité passe de 0.30 à 0.32).
     Concernant la tendance générale à la baisse de la probabilité, c’est sans doute du aux raisons évoqués précédemment (tendance, ou effet de récession). De plus, cette probabilité a chuté plus rapidement dans certains pays que dans d’autres, ce qui nous renvoie au graphique précédent.
     Pour la France, la probabilité à chuté de 0.075 à 0.068.
     Prochainement, en plus de l’article sur Cahuc et Algan, j’essaierai de produire d’autres graphique du genre : des questions sur la confiance dans les syndicats, les médias, la démocratie présentent un grand intérêt.

2 commentaires

  1. Matthieu dit :

    Typo : Les diamants pleins représentent les coefficients estimés pour 2006, les diamants pleins les coefficients estimés pour l’année 2010.

    Bon article, je suis très étonné par la confiance des russes pour leurs responsables politiques.

    • Simon dit :

      Effectivement merci, c’est corrigé
      Oui pour la Russie c’est étonnant, j’ai d’ailleurs tenté quelques variations dans l’estimation et mis à jour le graphique sans grands changements. Cependant les données russes ne sont pas particulièrement fiables avec beaucoup de non réponses (observations que je suis obligé de lâcher), cela introduit un biais dans les résultats (pour la Russie).
      Merci pour votre commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :